"Bonsoir,
Je reprends ma plume cette nuit. Insomnie. Et puis envie. Besoin. Je sais plus bien. Qu'importe de toute façon.
Juste marre de faire semblant. Semblant de tout. Semblant de rien.
Faire semblant de sourire, d'aller bien. Faire comme si rien ne m'atteignait. Jamais. Faire semblant de maîtriser ma vie, de savoir où je vais, de n'avoir peur de rien, d'être forte. Mais je ne suis rien de tout ça. Rien de rien.
Souriante à l'extérieur. Détruite à l'intérieur.
Cette semaine est pire que les autres. Diane est en révisions intensives pour ses concours.
On se voyait déjà seulement pendant la pause de midi. Et le soir. Jusqu'à tard dans le noir.
Maintenant je n'ai plus que ce vide qui me bouffe le bide.
C'est son avenir. C'est important.
Je comprend. Mais comprendre ne tue pas le manque.
Hugo aussi croule sous le travail. Études de médecine obligent.
On passe son peu de temps libre au téléphone. Même si ces minutes sont trop courtes, ça me rassure. Ca me réconforte. Ca fait briller mon sourire et mes yeux. Ca m'aide à me sentir mieux.
Il manque tellement à ma vie lui aussi.
Il ne me reste qu'eux. Eux, ces gens que je côtoie chaque jours mais qui me connaissent si peu. Si mal.
Une impression de ne pas être à ma place qui ne me quitte jamais. Partout où je vais, je me sens de trop. Je suis là, mais on ne me voit pas. Je parle mais on ne m'écoute pas. Je souffre mais on ne m'entend pas. Je suis là par habitude et non parce que j'y ai ma place...
Alors j'enfile les masques uns à uns. Ça à l'air de leur plaire. Ça à l'air de leur suffire. Je n'ai pas l'air de souffrir.
Ca arrange tout le monde. Moi la première. La moitié du temps.
L'autre moitié du temps le masque et la vraie moi livrent bataille en mon sein. C'est une lutte acharnée, dont je sors juste un peu plus bousillée. A chacun des mes gestes, a chacun de mes mots, une envie de gerber. Tellement ce n'est pas moi. Voir les simagrées, les sourires de cette étrangère qui habite mon corps. Et qui traduit si mal, les douleurs de mon âme. Cet automate que je ne contrôle pas. Plus. Depuis le temps qu'elle joue son rôle, moi, elle s'en moque bien. Faire semblant, c'est tellement plus simple. Tellement moins effrayant. La machine est en route depuis si longtemps.
Mais j'en peux plus. Mais j'étouffe. Laissez moi respirer. Laissez moi m'exprimer.
Je sais que le bonheur ne tombe pas du ciel. Sinon, ça se saurait. Il faut lui tendre la main. Le provoquer. Le charmer. Le saisir chaque fois que c'est possible. C'est comme tout. Il faut commencer. Une fois que le pli est pris. Que le pas est fait. Tout s'enchaîne. Tout va mieux. Il paraît.
Sortez moi de ma bulle. Tendez moi la main. Secouez moi. Mais ne m'abandonnez pas.
Je vous maudis si fort certains soirs. Vous. Vous, les autres.
Tous ces autres dont la vie à l'air si belle. Si simple.
Un sourire aux lèvres. Des étoiles dans les yeux. Le coeur tapissé de bonheur. Des sourires en coeur.
Vous puez le bonheur. Je vous haie.
Mais sans vous je ne suis rien.
Je ne suis plus qu'un jouet cassé. Une fille brisée. Un pantin délabré.
Besoin de vos sourires pour faire briller le mien. Besoin de vos mains pour me montrer le chemin. Besoin de me voir exister dans vos yeux. Besoin de vous pour aller mieux.
Toute seule je suis trop faible. Trop fragile. J'ai essayé. Mais je ne cesse de tomber. De me blesser. Aidez moi avant qu'il ne soit trop tard. Aidez moi à sortir de ce noir. Aidez moi à évincer le brouillard.
Désolé, mes yeux coulent et inondent le papier, comme l'orage qui n'en fini plus de gronder et d'inonder la terre ce soir. A chaque coup de tonnerre on dirait que la terre va se fendre en deux. A chaque nouvelle crise de larmes, on dirait que mon coeur se fend en dix milles morceaux. Je suis fatiguée. Fatiguée de vivre. Je m'arrête là.
A bientôt.
Tendrement.
Léa."
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